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Affaire Benalla: L'ancien chargé de mission de l'Elysée a-t-il dissimulé des preuves?

Maître Yassine Bouzrou, l’avocat d’un syndicat de police qui s’est porté partie civile, demande l’extension des investigations menées par les juges et pointe les anomalies de l’enquête préliminaire…


Affaire Benalla: L'ancien chargé de mission de l'Elysée a-t-il dissimulé des preuves?
Le 20 juillet dernier, alors placé en garde à vue, Alexandre Benalla refuse d’indiquer aux enquêteurs de la BRDP (Brigade de répression de la délinquance contre la personne) où se trouvent les clés de son appartement d’Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine. Les policiers s’y rendent néanmoins un peu avant 20 heures. Manque de chance, le serrurier qui les accompagne ne parvient pas à ouvrir la porte. A 21h05, faute d’avoir le matériel nécessaire pour accéder au logement de l’ancien chargé de mission de l'Elysée, ils décident de revenir le lendemain pour effectuer la perquisition. Mais à l’intérieur, aucune trace du coffre-fort censé contenir plusieurs armes.
Où est-il passé ? Et que contenait-il vraiment ? Le syndicat de police Vigi, partie civile, aimerait le découvrir. Par le biais de son avocat, maître Yassine Bouzrou, il déposera, mercredi ou jeudi, auprès des trois juges d’instruction parisiens qui enquêtent sur l’affaire qui embarrasse la Macronie, une demande de réquisitoire supplétif. Il aimerait que l’enquête, ouverte notamment pour « violences en réunion », porte également sur des faits de dissimulation de preuve commis entre le 19 et le 21 juillet. Pour formuler sa demande, l’avocat de Vigi se base sur « un certains nombre d’anomalies de l’enquête préliminaire ».

Coffre-fort déplacé

Maître Bouzrou s’interroge notamment sur les conditions dans lesquelles la perquisition de l’appartement d’Alexandra Benalla a été réalisée. Pourquoi les policiers ne s’y sont-ils pas rendus plus tôt dans la journée ? Et pourquoi, alors qu’ils avaient besoin d’un système pneumatique pour ouvrir la porte, ont-ils contacté le commissariat d’Issy-les-Moulineaux et la brigade anticriminalité des Hauts-de-Seine plutôt qu’un service de police judiciaire pour s’en faire prêter un ? D’autant que les policiers de la ville et du département ne disposaient pas de ce matériel, ce qui les a obligés à revenir le lendemain.
 
Lors de son interrogatoire en comparution immédiate, Alexandre Benalla a déclaré aux juges avoir reçu un coup de fil de sa compagne, le 19 juillet, le prévenant de la présence de journalistes devant leur domicile. « J’ai demandé à un ami d’aller chercher ma femme et de récupérer tout ce qui pouvait être volé, des objets de valeur et notamment des armes », a-t-il ajouté. Mais l’ancien collaborateur du président de la République a refusé de donner aux magistrats l’identité de la personne qui a déplacé ces armes. Ni d’indiquer où elles étaient conservées. Pourtant, estime maître Bouzrou, le déplacement du coffre constitue un délit.

Où est passé son téléphone portable ?

D’autre part, l’avocat regrette que le bureau d’Alexandre Benalla à l’Elysée n’ait pas été perquisitionné durant sa garde à vue. Les policiers ne s’y sont rendus que plusieurs jours après sa mise en examen notamment pour des violences commises en marge des défilés du 1er-Mai, place de la Contrescarpe, dans le 5e arrondissement de Paris. Maître Bouzrou, n’exclut pas qu’il soit retourné au château après avoir été entendu par les policiers pour « y récupérer des documents pouvant être utiles à l’enquête ». En effet, le 25 juillet, les enquêteurs ont découvert que le coffre-fort qui se trouvait dans son bureau avait été vidé.
Autre point visé par l’avocat du syndicat Vigi : Pourquoi le véhicule de fonction d’Alexandre Benalla n’a-t-il pas été perquisitionné durant sa garde à vue alors qu’il s’était rendu avec à la convocation des policiers ? Il estime pourtant que la fouille de cette voiture « aurait été utile à la manifestation de la vérité ». Maître Bouzrou s’étonne également que le téléphone de l’ex-collaborateur du chef de l’Etat n’ait pas été saisi par les enquêteurs quand ils le questionnaient. Pourtant, il a indiqué avoir envoyé avec cet appareil un message à Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée, pour l’avertir qu’il avait été filmé place de la Contrescarpe.

D’autres opérations de maintien de l’ordre ?

Le syndicat Vigi avait déjà, le 30 juillet, formulé une demande de réquisitoire supplétif rejetée par le parquet de Paris. Selon l’avocat du syndicat, le procureur de la République s’est basé sur les déclarations d’Alexandre Benalla pour justifier son refus. Des arguments, assure-t-il, qui sont par conséquent « inopérants » et qui justifient cette nouvelle demande. Il aimerait en outre avoir la certitude qu’Alexandre Benalla et Vincent Crase - également présent place de la contrescarpe - n’ont pas participé à d’autres opérations de maintien de l’ordre. Pour cela, il demande que les investigations soient étendues à une période plus large. Pour l’instant, l’enquête ne se limite qu’aux faits commis le 1er mai.

Rédigé le Mercredi 19 Septembre 2018 par





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