Politique

Politique : Nicolas Hulot coupe les ponts avec Emmanuel Macron

Après trois mois de silence, l'écologiste a fait son retour lors de « L'Émission politique ». Et il n'a pas hésité à décocher ses flèches contre le président.


Politique : Nicolas Hulot coupe les ponts avec Emmanuel Macron
Il a accepté l'invitation à L'Émission politique  début octobre. Auparavant, il avait refusé d'accorder une interview à bien des rédactions, dont Le Point. Car le retour de « l'écologiste prodige » ne pouvait avoir lieu ailleurs qu'à la télévision. À la manière d'un showman du petit écran qu'il fut à l'époque du magazine Ushuaia. Il se montre dans une chemise au col mao moins repassée que lorsqu'il était au gouvernement. Comment ne pas se rappeler l'aventurier des années 1990 lorsqu'on le voit, dans une séquence de L'Émission politique, accompagner Thomas Sotto à la mer de Glace, un glacier en plein cœur du massif du Mont-Blanc qui fond à grande vitesse  ?
 
L'ex-ministre de la Transition écologique et solidaire n'a pas accepté n'importe quelle émission. Celle-ci est éminemment politique, comme le message de son come-back. D'où, sans doute, cet appel de Matignon et de l'Élysée – inquiets – pour prendre la température auprès de celui qui fut leur totem écologique. Combien au gouvernement et dans la majorité attendaient une main tendue de Nicolas Hulot, les soutenant en pleine crise des Gilets jaunes ? Certains d'ailleurs lui reprochaient ce silence et l'accusaient de ne pas assumer la taxation carbone. « Sa » taxation carbone, qu'il avait concoctée et proposée à Nicolas Sarkozy  en 2007. « J'espère qu'il va assumer », pestait, inquiet, un conseiller du gouvernement avant l'émission. De main tendue il n'y a pas eu. Nicolas Hulot a plutôt envoyé une gifle à Emmanuel Macron, dont il ne citera jamais – ou presque – le nom.
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La crise des Gilets jaunes «  était évitable  »

S'il avait fait un constat implacable, sous le coup de la colère, au micro de France Inter  lors de sa démission, fin août, l'ex-ministre venait cette fois-ci élaborer sa critique. Entre lui et le jeune chef d'État, c'est « l'histoire d'une incompréhension », philosophe l'écologiste, qui déplore : « Nous n'avons pas le même diagnostic. » Quand Hulot diagnostiquait « le cancer généralisé », Macron voyait « une bronchite ». D'ailleurs, Nicolas Hulot n'avait-il pas prévenu le président et le Premier ministre de cette « crise » – celle des Gilets jaunes – à venir ? « [Elle] était évitable, mais je n'ai pas été entendu », a-t-il lâché face à Léa Salamé. Et de poursuivre, remonté : « Ce qui m'énerve, c'est que nous ne sommes pas disruptifs dans les réponses. On n'ose même pas envisager ce que l'on a fait pour les banques en 2008 pour la transition écologique (…). On est en train de perdre la guerre. C'est un effort de guerre qu'il faut faire. C'est un plan Marshall qu'il faut. »
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Le chevalier blanc de l'écologie ne soutiendra plus La République en marche. Il le dit, en toute fin d'émission, après avoir tenté de convaincre un Gilet jaune qui lui exposait la difficile réalité de son quotidien : « Il ne faut pas que l'écologie soit le bouc émissaire  », a martelé Nicolas Hulot. «  Ce sont les populations les plus vulnérables qui paieront les conséquences [du réchauffement climatique]. Ne mettez pas ça sur le dos de l'écologie, mettez ça sur le matraquage fiscal ! » La flèche n'est plus enrobée de miel. La pointe acérée vise la politique d'Emmanuel Macron, comme d'autres flèches : « La fiscalité n'est pas équitable (...). Le gouvernement s'interrogeait sur le maintien de la prime à la conversion. Mais il faut aller plus loin socialement ! » Voilà Nicolas Hulot redevenu de gauche.

«  He's back  »

Comment le gouvernement pouvait-il attendre autre chose de Nicolas Hulot ? Cet homme dont la démission avait été réduite par Emmanuel Macron lui-même à une simple capitulation personnelle, alors qu'il établissait à l'inverse le constat d'une impasse politique. D'ailleurs, l'agenda de l'ex-ministre aurait dû mettre la puce à l'oreille de la macronie. Lundi soir, il dînait avec Anne Hidalgo  à la table du Récamier à Paris. Qu'en dirait le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, qui n'est jamais avare d'une critique acérée à l'égard de la maire de Paris  ? On raconte aussi que Nicolas Hulot observe « avec beaucoup de curiosité » Place publique, le nouveau mouvement politique de Raphaël Glucksmann  qui hésite encore à présenter une liste aux prochaines européennes. Un adversaire de plus pour un Emmanuel Macron bien bas dans les sondages.
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Après sa démission, Nicolas Hulot s'est reposé. Surtout, il a fui « un monde de fous » – comme il l'avait confié à un fidèle l'été dernier – qui l'avait éloigné de ses passions : sa famille, ses interminables séances de kitsurf sur la place de Saint-Lunaire en Ille-et-Vilaine. Et maintenant ? « He's back », se félicitait un de ses proches. « Il était lui-même, habité par ses combats, désarmant de sincérité, proposant une vision et des solutions », saluait le député LREM Matthieu Orphelin, fidèle d'entre les fidèles de l'écologiste. Nicolas Hulot a retrouvé le sourire. Une dernière séquence très politique pour parachever la catharsis. De quoi inquiéter Emmanuel Macron ? Hulot l'a dit : aux européennes, il ne « soutiendra pas » La République en marche.

Source : LePoint



Rédigé le Vendredi 23 Novembre 2018 par



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