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Procès Pastor : le récit d’une enquête hors norme

Le patron de la PJ de Nice a raconté ce mardi comment les erreurs des exécutants du double assassinat de la milliardaire monégasque et de son chauffeur ont favorisé le travail policier.


Procès Pastor : le récit d’une enquête hors norme
Sur la scène de crime, lorsque les enquêteurs de la PJ de Nice arrivent ce 6 mai 2014 peu après 19h10, le moteur de la voiture tourne encore. L’habitacle, jonché de débris de verre et de sang, est criblé de petits plombs. La milliardaire monégasque Hélène Pastor, 77 ans, et son chauffeur, mortellement blessés, ont été transportés aux urgences.
Les policiers repèrent alors une caméra, positionnée à l’entrée de l’hôpital l’Archet. Ses images, décortiquées, montrent que deux hommes, l’un jouant le rôle du « guetteur », l’autre celui du « tireur », sont arrivés successivement sur le site… en taxi ! « Ils avaient déjà commis deux énormes erreurs, explique le commissaire Philippe Frizon : appeler ces taxis avec des téléphones dédiés ; les avoir activés à Marseille (NDLR : d’où ils venaient) et testés sur le trajet… »

A la barre de la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, sous l’œil attentif des dix accusés, le patron de la PJ de Nice entraîne les jurés dans le récit détaillé d’une « enquête aboutie et hors-norme » servie par les multiples « maladresses » et « l’amateurisme » des deux exécutants. Moins de 48 heures après les faits, le travail sur le réseau de vidéosurveillance entre Marseille et Nice permet de séquencer pas à pas le parcours de ceux que les policiers pressentent être « des tueurs à gage » en « contrat pour un commanditaire ». Et de disposer « d’excellentes photos » d’eux, raconte le commissaire.
« Mettre un nom sur leurs visages » s’avère aisé. « Le guetteur », Al Hair Hamadi, a omis de jeter le boîtier de son téléphone et l’utilise. Ecoutes et géolocalisation permettent de l’identifier. Le « tireur », Samine Saïd Ahmed, a laissé un flacon de gel douche dans la chambre de l’hôtel niçois louée par le duo. Son ADN « matche » au Fichier national automatisé des empreintes génétiques.

Des appels qui mènent au gendre d’Hélène Pastor

L’étape d’après, où la téléphonie joue un rôle clé, s’enclenche dès le 16 mai. Dans ses conversations, Hamadi « le guetteur » n’est guère prudent. Il parle beaucoup d’argent et des promesses « d’un blanc » avec un certain « Alain ». Alain s’appelle en réalité Salim Youssouf, gendarme auxiliaire de profession – pressenti comme tireur, il a finalement renoncé. Fin avril, découvrent les enquêteurs, Hamadi et Youssouf se sont rendus ensemble à Nice.
En croisant leurs appels, ils tombent sur le numéro d’une Hanissa, compagne d’un dénommé Abdelkader Belkhatir. Ce dernier a pour beau-frère Pascal Dauriac, un prof de gym employé comme coach sportif depuis une dizaine d’années par… la fille d’Hélène Pastor Sylvia Ratowski et son compagnon Wojciech Janowski. « Avec cette découverte fondamentale, on avait rebouclé, jargonne le commissaire. De Nice à Marseille, retour à Nice et jusqu’à Monaco. »
Le 23 juin 2014, « sept semaines et demie » après le double assassinat, une vague d’interpellations est lancée. En garde à vue, la plupart de ceux qui sont jugés aujourd’hui « reconnaissent leur implication » – ce qui n’est plus le cas depuis, notamment pour le gendre de la victime et commanditaire présumé, Wojciech Janowski. « Dans ce genre d’affaires, il est très rare qu’on arrive à un tel résultat. En général, on s’arrête aux exécutants », insiste le patron de la PJ de Nice. Avant d’asséner : « Au-delà de la diversité des profils et des origines, tous ont un point commun : l’attrait pour l’argent. »

Rédigé le Mercredi 19 Septembre 2018 par





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